Date
  • 01/03/2018
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Plusieurs organisations de la société civile luxembourgeoise* interpellent le Ministre des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn, pour que le Luxembourg apporte son soutien à la Déclaration de l’ONU sur les droits des paysans dont les négociations devraient s’achever en avril 2018 devant le Conseil des droits de l’homme à Genève.

* les associations signataires: Action Solidarité Tiers Monde, Aide à l’Enfance de l’Inde et du Népal, ATTAC, Cercle des ONGD, Etika, Fondation Caritas Luxembourg (FCL), Fondation Partage Luxembourg, Frères des Hommes Luxembourg, Meng Landwirtschaft, SEED, SOS Faim Luxembourg, Vereenegung fir Bio-Landwirtschaft Lëtzebuerg.

 

Monsieur le Ministre,

Depuis 2012, un groupe de travail créé au sein du Conseil des droits de l’homme à Genève élabore une Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales. Il s’agit de mieux protéger les droits des paysans, des travailleurs agricoles, des sans-terres, des éleveurs nomades, des pêcheurs, des forestiers, enfin de tous ceux et celles qui font leur vie à la campagne.

La Déclaration comporte notamment des articles garantissant le droit de garder, utiliser, échanger, et vendre les semences, ainsi que le droit à la biodiversité, dont une clause se réfère aux risques de contamination par des organismes vivants modifiés. L’affirmation de ces droits vise à mettre en œuvre concrètement le droit à l’alimentation dans toutes les zones rurales, au Sud comme au Nord.

Une 5ème et dernière session du Groupe de travail doit être convoquée en avril 2018 afin de finaliser le texte et d’adopter formellement cette Déclaration soutenue d’ores-et-déjà par une majorité d’Etats membres de l’ONU.

Malheureusement, dans ces négociations, l’Union européenne, s’est positionnée en opposition aux avancées proposées en faveur des droits des paysans ; elle a notamment  présenté plusieurs amendements dont la plupart consistaient à supprimer le terme « droit » dans pratiquement tous les articles ! Cela revient évidemment à  vider le texte de son contenu et donc à les dénaturer, puisque que dans le cadre du Conseil des droits de l’homme, c’est bien une approche par les droits qui est recherchée.

Cette position  est difficilement acceptable pour les ONG qui déplorent par ailleurs  que les Etats membres de l’Union européenne se soient abstenus de participer aux débats en se rangeant derrière le seul  représentant de l’Union européenne.

Ce projet de Déclaration est pourtant activement soutenu par nombre d’organisations de la société civile, dans le monde entier, en Europe mais aussi au Luxembourg. Il l’est également par La Via Campesina, un mouvement international de paysans, de producteurs petits et moyens, de paysans sans terre, de femmes rurales, de peuples indigènes, de jeunes ruraux et de travailleurs ruraux qui regroupe aujourd’hui 148 organisations de 69 pays de tous les continents représentant plus de 200 millions de fermiers. En février 201, vous aviez reçu, Monsieur le Ministre, Monsieur Henry Saragih, Coordinateur général de La Via Campesina et  lui aviez offert à cette occasion votre coopération.

Nous, organisations de la société civile luxembourgeoise, estimons que le Luxembourg se doit d’être solidaires de revendications émanant du monde paysan qui, bien que fortement menacé et en voie de régression, représente tout de même toujours au moins 40 % de la population mondiale et qui  nourrit une très large partie de l’humanité en assurant 80 % de la production agricole mondiale. C’est pourquoi nous vous saurions gré d’appuyer l’idée d’une telle Déclaration des paysans et d’inviter notre représentation à Genève à lui apporter un soutien sans faille lors de la dernière session du groupe de travail qui se tiendra en avril 2018. Notre représentation à Genève devrait également encourager les  autres Etats membres de l’UE à apporter le même soutien à cette Déclaration.

Dans l’attente de votre réaction, nous vous prions d’accepter, Monsieur le Ministre, l’expression de notre plus haute considération.

Découvrez la déclaration des Droits des Paysannes et des Paysans