Date
  • 11/10/2019
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Les organisations non-gouvernementales de développement (ONGD) se montrent concernées par les agressions croissantes contre la société civile partout dans le monde et veulent se réapproprier des débats qui actuellement divisent les populations en vue d’un engagement pour la solidarité internationale. Il faut passer à l’action.

Luxembourg, le 14 octobre 2019. A l’occasion de son 40ème anniversaire, le Cercle de Coopération des ONGD a invité vendredi soir à une table ronde sur les grands défis de nos démocraties auxquels les organisations non- gouvernementales (ONG) sont confrontés.
Des acteurs de la société civile et du secteur de la coopération sont venus à l’Abbaye de Neumünster pour discuter du rôle des ONGD pour la construction de sociétés plus justes et plus démocratiques à travers leur capacité de mobiliser la société civile. « 40 ans c’est un anniversaire, mais c’est aussi 40 ans d’engagement », résume le Président du Cercle, Armand Drews.
Manu Tonnar, Directeur de la Direction de la Coopération et de l’Aide humanitaire, souligne l’importance de la société civile pour la démocratie qui aujourd’hui se trouve sous beaucoup de pression. Ainsi les ONGD doivent plus que jamais mettre les gouvernements devant leurs responsabilités et de tirer la sonnette d’alarme si les choses tournent mal.
En effet, ces dernières années, les ONGD sont confrontées à de nouveaux défis et sont parfois fragilisées dans des contextes médiatiques et politiques en mutation. Tanya Cox, Directrice de Concord (Confédération Européenne des ONG de développement et humanitaires) rappelle que les ONG européennes doivent se solidariser avec les autres pays européens pour répondre à ces défis. Surtout, mais pas exclusivement, dans les pays de l’Est, la situation est devenue compliquée et où les ONGD ont besoin d’être renforcées.
L’aggravation de la situation de la société civile est souvent liée à un narratif négatif et fractionnant qui influence la perception publique du travail de la solidarité internationale. Gautier Pirotte, Professeur à l’Université de Liège en socio-anthropologie du développement et auteur du livre « La notion de société civile », insiste sur le fait que les ONGD doivent se recomposer et se reconnecter avec un « populisme » qui rassemble les populations et qui permet aux citoyens de se réapproprier les débats. L’éducation « populaire » comme l’éducation à la citoyenneté mondiale doivent y jouer un rôle de plus en plus important.
Nicole Etikwa Ikuku, Coordinatrice de l’Action Solidarité Tiers Monde (ASTM), rappelle que les ONGD sont surtout des acteurs de la solidarité : « Sur le terrain, dans nos échanges, dans nos programmes et stratégies d’actions, nous sommes quotidiennement confrontés à l’aggravation des inégalités et des conditions de vie des plus démunies, ainsi qu’à des mécanismes qui bafouent la démocratie, la justice sociale et la solidarité dans nos pays. » Ceci implique que les ONGD doivent critiquer notre modèle productiviste et consumériste qui, d’un côté, a conduit à la crise climatique et qui, de l’autre côté, a entraîné une croissance des inégalités et de la pauvreté. Les ONGD tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps et se positionnent sur des « sujets qui fâchent » comme elles demandent un changement structurel.
Comment revoir la définition du développement « qui a besoin d’être développé ? » demande ainsi Prosper Kompaoré, Directeur de l’atelier Théâtre Forum Burkinabé. Un réel partenariat implique que les partenaires se rencontrent sur un même fondement, où l’un apprend de l’autre et où on respecte l’importance de la culture à tous les niveaux. Il souligne que pour briser la relation « verticale » du « Nord » et du « Sud », il faudrait questionner les finalités du développement. La coopération doit prendre en compte les besoins réels des personnes et le bien- être de chacun.
Il reste la difficulté à sortir de cette logique de développement qui prend ses origines dans le colonialisme. Même si les acteurs du secteur saisissent les nuances, la solidarité internationale reste un sujet marginal et qui est aujourd’hui dominé par une perception publique négative et unilatérale.
Les constats principaux de la discussion soulignent que les ONGD doivent contribuer à décloisonner le secteur de la coopération et créer des réseaux avec des nouveaux acteurs pour faire face à la complexité des défis de nos sociétés. Des mouvements comme « Youth4Climate » modifient nos façons de penser et de faire, et c’est bien ainsi.
Les ONGD doivent résister à se faire instrumentaliser par la politique et le secteur privé dans des discours ce qui les entrainent dans des dynamiques qui ne sont pas les leurs.
Agir, pas réagir et proposer des alternatives et propositions concrètes. Les personnes qui s’engagent dans les ONGD doivent continuer à évoluer du stade de « Gutmenschen » vers des acteurs de changement.
Le Cercle va continuer la célébration de son 40e anniversaire samedi prochain, le 19 octobre, avec la « Fête des ONGD » à l’Abbaye de Neumünster, à partir de 18h00.