Le renforcement des sociétés civiles du sud : Porter ensemble le changement social dans le cadre de l’agenda post 2015.

Dans le cadre des Assises de la coopération au développement 2015, le Cercle a organisé, le 27 mars 2015, un atelier de discussion et de réflexion sur le concept de société civile et son renforcement. En tant qu’ONG de développement, nous faisons partie de cette société civile, mais elle nous dépasse largement et englobe de […]

Dans le cadre des Assises de la coopération au développement 2015, le Cercle a organisé, le 27 mars 2015, un atelier de discussion et de réflexion sur le concept de société civile et son renforcement.

En tant qu’ONG de développement, nous faisons partie de cette société civile, mais elle nous dépasse largement et englobe de nombreux autres acteurs, dans de nombreux autres secteurs.

Le renforcement de capacité est au cœur de la coopération au développement aujourd’hui : il s’agit pour les ONG nord de devenir plus professionnelles, et souvent selon par ricochet, d’amener nos partenaires Sud à faire de même.

Pour Gautier Pirotte (chercheur, Institut des sciences humaines et sociales, université de Liège) le concept de société civile se situe à différents niveaux :

  • le secteur associatif,
  • les normes sociales
  • l’espace public

Le secteur associatif qui constitue le socle de base de la société civile produit des normes sociales. Ces normes sociales sont les valeurs, opinions et représentations que défendent les associations. Elles sont diffusées et partagées dans l’espace public ou sont discutées dans des arènes d’argumentation et de délibération. L’association est à voir comme le lieu d’apprentissage de la démocratisation. On se réunit pour éclairer, négocier, collaborer à l’intérêt général.

Monsieur Pirotte nous a parlé d’une nouvelle catégorie d’acteurs de développement : les IPSI. Les IPSI (« Initiatives populaires de solidarité internationales ») sont de petites associations qui mènent des actions de solidarité internationale, souvent créées après des expériences touristiques, et qui fonctionnent sous la modalité du bénévolat. Les grosses ONG perdent parfois le contact avec la population, les IPSI sont des initiatives qui sont plus proches de la population. Parfois la professionnalisation des ONG tend à les formater, il est important d’avoir des petites ONG ou des IPSI pour maintenir la diversité et le contact direct avec la population.  Les ONG « institutionnalisées » sont la partie visible de l’iceberg, une très grande partie des actions de solidarités ont une visibilité plus restreinte (IPSI, diaspora…). Cette image de l’iceberg et l’existence d’IPSI est aussi une caractéristique du paysage des ONGD au Luxembourg.

Monsieur Roberto Rubio Fabian (Directeur de l’ONG FUNDE, République du Salvador) met l’accent sur différents aspects :

  • Aujourd’hui, la conscience citoyenne se renforce dans le sud (et principalement en Amérique Latine). La création d’une opinion publique est le meilleur levier d’action pour un changement politique et social.
  • Le besoin le plus important de la coopération au développement est la flexibilité des bailleurs et partenaires nord. Ecouter et s’adapter, sans imposer !
  • Il est primordial pour une organisation sud ayant des activités de plaidoyer dans son propre pays de bénéficier d’un soutient officiel extérieur pour garantir sa sécurité et sa crédibilité ! Rôle politique des ONG du Nord !

La deuxième partie de la matinée regroupait un panel d’intervenants autour d’une table ronde : Martine Schommer (directrice de la Coopération au développement, ministère des affaires étrangères) ; Patrick Godar :(Fondation Bridderlech Deelen) ; Gautier Pirotte et Roberto Rubio Fabian. Modération par Danièle Weber.

Quelques remarques et mises en garde issues des discussions :

  • la multiplication des niveaux d’intervention par la coopération luxembourgeoise est très appréciée par les différents acteurs (cohérence de l’intervention) ;
  • Besoin de remettre en question au nord nos conceptions de la hiérarchie, de la démocratie, nos modalités d’intégration des minorités …
  • Les inégalités et le non respect des droits humains sont une réalité des pays moins avancés, des pays émergents et des pays développés. Importance pour les ONG d’appuyer la consolidation des OSC dans tous ces pays et de favoriser l’échange d’expériences entre acteurs de différents pays. Il ne s’agit pas seulement de travailler dans les pays moins avancés mais d’agir où cela est nécessaire.
  • La coopération au développement connaît des dérives et devient dans certains contextes un marché, détaché de sa base, défendant des intérêts personnels,
  • Importance d’innover en matière de partenariats entre acteurs de la coopération et autres secteurs, notamment le partenariat public-privé.
  • La sécurité des militants dans certains pays n’est garantie par personne …